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Que ce soit sur les rives de la Vologne ou de la Méditerranée, il est des affaires criminelles sans fin. Si la mort de Grégory reste un mystère, la disparition de Charles-Edouard Turquin, 7
ans, le 21 mars 1991 à Nice, le demeure tout autant et alimente les hypothèses les plus folles. L’enfant s’est volatilisé de la villa familiale de Gairaut, sur les hauteurs de Nice, sans
jamais réapparaître. Jean-Louis Turquin, le père, vétérinaire brillant, avait fini par avouer à Michèle, sa femme, elle aussi vétérinaire, qu’il l’avait étranglé puis enterré à Lucéram. Il
avait appris en janvier qu’il n’était pas le père biologique de son fils. Aveux circonstanciés qui signent sa culpabilité ou jeu de rôle pour reconquérir sa femme dont il était éperdument
amoureux ? La question reste en suspens depuis trente ans. D’aucuns pensent que l’enfant a pu être brûlé dans l’incinérateur de son père vétérinaire. D’autres que sa mère (décédée en 2014)
l’a caché en Israël. L’ACTUEL PROCUREUR DE NICE A EXERCÉ EN GUADELOUPE Reconnu coupable de l’assassinat de Charles-Edouard malgré ses protestations d’innocence, Jean-Louis Turquin a été
condamné en 1997 à vingt ans de réclusion par la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Après une libération conditionnelle en 2006, le vétérinaire niçois pensait se faire oublier de l’autre
côté de l’Atlantique. En vain. Dans la nuit du 6 au 7 janvier 2017, il a été abattu d’une balle dans le dos dans sa villa de l’île de Saint-Martin. Sa nouvelle épouse, Nadine, 69 ans, avait
été mise en examen pour l’assassinat de son mari. Elle ne cachait pas le caractère impossible de son compagnon, décrit comme volage et parfois violent. Placée en détention en avril 2017
pendant un mois puis assignée à résidence jusqu’en février 2018, elle vient de bénéficier d’un non-lieu contre l’avis du parquet général. Selon les magistrats de la chambre de l’instruction,
les traces de poudre relevées sur ses mains ne sont pas des charges suffisantes pour la traduire devant une cour d’assises. Conséquence : le meurtre constitue un mystère de plus dans la
saga criminelle de la famille Turquin. Me Olivier Morice, l’avocat parisien qui s’est battu pour obtenir ce non-lieu, contre-attaque au nom de sa cliente. Il vient de déposer plainte devant
le Conseil supérieur de la magistrature contre Xavier Bonhomme, l’actuel procureur de la République de Nice, qui était alors en poste en Guadeloupe lors de la découverte du cadavre de
Jean-Louis Turquin. Me Morice estime que lors d’une conférence de presse, le procureur _« a manqué à ses obligations d’impartialité, de prudence et de délicatesse envers la justiciable ». _
Le pénaliste a déposé plainte pour diffamation au tribunal de Pointe-à-Pitre et saisi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) estimant qu’une faute déontologique a été commise. DES
TRACES DE POUDRE QUI INTRIGUENT Un expert en résidus de tir de la gendarmerie avait retrouvé sur les mains de Nadine Turquin dix-neuf particules typiques d’un tir d’arme à feu. Le gendarme
précise que la présence de ces résidus, s’ils peuvent être l’indicateur d’une utilisation d’une arme à feu, peut également être due à un problème de contamination ou de transfert. Placée en
garde à vue, Nadine Turquin a toujours nié vigoureusement être impliquée dans cet assassinat, même si elle a volontiers décrit le caractère ombrageux voire impossible de son mari. Elle a
néanmoins été mise en examen et incarcérée par un juge de la liberté et de la détention. Lors de la conférence de presse, le procureur a indiqué que « des éléments majeurs et à charge »
démontraient que Nadine Turquin « n’a pas tout dit aux enquêteurs. Et que si, ce n’est pas elle qui a tiré, elle était nécessairement présente sur les lieux au moment du tir fatal ».
A-t-elle manipulé l’arme ou le corps post-mortem, ce qui suffirait à expliquer la présence de poussières d’antimoine, de baryum et de plomb sur ses mains ? Un expert confirme que l’hypothèse
alléguée par Mme Turquin d’avoir touché la victime et des morceaux de verre sur les lieux des faits peut expliquer la présence des résidus de tir sur Nadine Turquin. La mise en examen a été
annulée le 20 juin 2019 et un non-lieu a été rendu en juin dernier. Y a-t-il eu une faute commise lors de la communication du procureur ? Le CSM en décidera. Le magistrat n’a pas souhaité
réagir aux reproches formulés par Me Morice. L’enquête pour élucider la mort de Jean-Louis Turquin est close. Celle du petit Charles-Edouard a été refermée avec la condamnation définitive de
son père qui disait espérer, avant sa mort, un procès en révision. Ce qui, au regard du droit, n’était pas inenvisageable. Dans cette affaire criminelle sans cadavre, l’accusation reposait
sur l’enregistrement des aveux de Jean-Louis Turquin. Une preuve contestée et qualifiée « d’illégale » par la défense. Mais qui avait emporté l’intime conviction des jurés azuréens.
CHARLES-EDOUARD AURAIT 37 ANS AUJOURD’HUI Moïse Ber Eelstein, amant de Michèle Turquin et père biologique de Charles-Edouard, était un indigent qui aimait pêcher du côté de Rauba Capeu à
Nice. Il a été retrouvé noyé près du port le 24 décembre 1993. Il portait ses cuissardes de pêcheur. Michèle Turquin (née Balanger) décédera d’une crise cardiaque en janvier 2014 à l’âge de
61 ans. Elle n’a jamais entrepris de démarche pour déclarer "l’absence" de son fils à l’état civil. Jean-Louis Turquin en tirait argument pour réaffirmer que, selon, lui,
Charles-Edouard était toujours vivant. Il aurait 37 ans aujourd’hui. QUAND LE VÉTÉRINAIRE FAISAIT CONDAMNER SON EX-ÉPOUSE En 2001, sur plainte de son ex-mari, Michèle Balanger a écopé de 15
000 francs d’amende (environ 2 000 euros) pour « tentative d’escroquerie » devant le tribunal correctionnel de Nice. Preuve s’il en est que les rapports du couple étaient teintés de haine.
Le tribunal a accrédité les accusations que le vétérinaire portait dès octobre 1998 à l’encontre de son ex-épouse et qu’il réitéra à la barre. Il a toujours soutenu que son fils était
vivant, qu’il avait été envoyé en Israël par son ex-épouse dans le but de l’en priver et de lui nuire. En 1998, il avait déposé plainte contre Michèle Balanger, l’accusant d’avoir produit
devant une chambre civile, dans un procès les opposant, une « _fausse_ » reconnaissance de dette de 78 209 francs. Signé par ses soins, le document n’avait été pas établi au profit de la
mère de Charles-Edouard, mais à celui de la grand-mère. Entendue lors de l’instruction, Michèle Balanger a proclamé sa bonne foi et incriminé... son ancien avocat qui aurait exploité sans
s’en rendre compte la mauvaise pièce. Michèle Balanger a dû en outre verser 25 000 francs de dommages et intérêts à son ex-mari. UNE AFFAIRE À REBONDISSEMENTS VIEILLE DE PRÈS DE TRENTE ANS
EN 1972 Michèle et Jean-Louis se rencontrent à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort. Ils se mettent en ménage l’année suivante. Les relations du couple se dégradent. Lui est décrit comme
autoritaire, violent, elle comme volage. 21 MARS 1991 Au cours de la nuit, Charles-Edouard Turquin, sept ans et demi, disparaît mystérieusement du domicile familial, une luxueuse villa du
quartier de Gairaut à Nice. Cette nuit-là, seuls le père et l’enfant sont dans la maison. La mère a quitté le domicile conjugal. 13 MAI 1991 Jean-Louis Turquin est inculpé d'assassinat,
après avoir avoué à son épouse le meurtre de leur fils. Il réfute aussitôt les aveux enregistrés à son insu et soutient avoir «_ déclaré ce que sa femme voulait entendre, afin de
l'inciter à reprendre la vie commune »_. FÉVRIER 1992 Alors qu’il obtient une remise en liberté après neuf mois de détention provisoire, il fait imprimer des affichettes pour retrouver
son fils et promet 100 000 francs (environ 15 000 e) de récompense. 21 MARS 1997 Turquin est condamné à vingt ans de réclusion par la cour d'assises des Alpes-Maritimes. À
l'époque, la possibilité de faire appel n'existe pas. EN L’AN 2000 Jean-Louis Turquin, alors détenu à Fresnes, épouse Nadine, professeur de fitness. 18 JUILLET 2006 Détenu modèle,
il obtient une mise en liberté conditionnelle et sort de prison. Il s'installe avec sa nouvelle épouse à Arles et reprend son métier de vétérinaire. Il affirme qu’il fera tout pour
retrouver son fils. 6 JANVIER 2017 Jean-Louis Turquin est abattu d’une balle dans le dos. La maison, souvent laissée ouverte, n’a pas subi d’effraction mais elle donne l’impression d’avoir
été fouillée par un cambrioleur. Nadine Turquin rentre d’une soirée d’anniversaire avec des amies quand elle découvre le crime.